Le compositeur de la série No Man’s Land, Rutger Hoedemaekers, nous parle de la B.O, de ses coulisses de fabrication, de ses inspirations et nous en dévoile 5 titres en avant-première !

Labellisée par Séries Mania, la série a reçu le Prix du Meilleur Projet à Séries Mania Forum 2017 sous le titre Fertile Crescent et a été sélectionnée à Séries Mania 2020.

La série est à retrouver en France sur ARTE dès le 26 novembre et est déjà disponible sur arte.tv.

© Chloe Desnoyers

ENTRETIEN

Comment s’est produite la rencontre avec l’équipe créative de No Man’s Land ? Comment êtes-vous arrivé sur ce projet ? 

L’agent avec lequel je travaille à Los Angeles m’a mis en relation avec le superviseur musical de la série qui était alors à la recherche d’un compositeur. J’ai ensuite beaucoup parlé avec le réalisateur Oded Ruskin qui a aimé mes propositions. Le tournage n’était pas du tout terminé mais nous avons rapidement commencé à travailler sur la musique pour que mes compositions s’intègrent naturellement aux images.

J’aime me dire qu’il n’y a pas vraiment de méthode.

Vous avez travaillé sur No Man’s Land ainsi que sur la série islandaise Trapped. Quelles sont les grandes étapes de votre travail de composition musicale pour une série ? 

J’aime me dire qu’il n’y a pas vraiment de méthode. Quand les créateurs intègrent la musique tôt dans la production, c’est l’idéal, on peut beaucoup s’amuser à partir du scénario. J’ai même travaillé sur des projets où la musique arrivait avant le tournage, pour tout de suite plonger les acteurs dans l’ambiance de la série sur le plateau. Bien sûr cela dépend des projets. Quand j’ai intégré l’équipe de Trapped, l’essentiel de la série avait déjà été montée. En fait, tout dépend de ce que recherche le réalisateur ou la réalisatrice et du rôle qu’il/elle veut faire jouer à la musique. A dire vrai, c’est aussi intéressant de composer à partir d’images filmées que de créer un univers sonore basé sur la psychologie des personnages.

Comment cela s’est déroulé pour No Man’s Land

Comme j’ai composé la majorité de la musique en parallèle du tournage, ça a surtout été un travail d’échanges avec les monteurs. Ils avaient toute la latitude qu’ils voulaient pour prendre des morceaux de ma musique et les placer là où cela fonctionnait le mieux pour servir l’histoire. Ils ont même créé des pistes sonores à partir d’éléments que je n’avais pas du tout prévu d’associer. J’aime toujours ces moments, c’est génial de découvrir ces mélanges et d’être encore surpris alors que tout est créé à partir de mon travail ! 

La série se déroule dans différents pays et a été tournée dans plusieurs langues… Dans quelle mesure cette diversité géographique et linguistique a-t-elle influé sur votre travail ? 

Avec le réalisateur, on voulait avant tout s’éloigner de la musique traditionnelle arabe ou kurde car je suis un européen blanc et que cela aurait été étrange d’essayer de copier un genre qui n’est pas le mien. On a plutôt essayé d’inventer un monde sonore propre à la série, déconnecté de tous les lieux où elle était tournée. Oded avait en tête la musique industrielle des années 1980 aux années 2000. On est donc allés dans cette direction.

Le seul instrument kurde que j’ai utilisé était le daf, un grand tambour que l’on frappe traditionnellement à la main. Nous avons utilisé un petit objet pour le frapper et convertit les ondes sonore par ordinateur.

La seule fois où nous avons utilisé un instrument traditionnel nous l’avons totalement détourné !

De la même manière, j’ai beaucoup travaillé avec un violoniste et pourtant, je n’ai pas utilisé une seule fois le violon classique dans toute la série. Nous avons inventé un nouveau son plus violent, qui fait monter la tension au fil des épisodes.

La série plonge le spectateur dans les conflits armés de manière très réaliste. Comment intègre-t-on la musique originale lorsqu’il y a beaucoup de violence et d’action à l’écran ?

Dans la plupart des scènes d’action de No Man’s Land, Oded Ruskin a choisi de ne pas mettre d’accompagnement musical fort et dans certains cas il n’y en a même pas du tout. C’est une bonne idée : tout ce que vous rajoutez à une scène où il se passe déjà beaucoup de choses risque de ressembler à une parodie. Il vaut mieux être silencieux dans ces moments là, c’est plus fort. Au contraire, dans des scènes lentes, où il se passe peu de choses à l’image, on va généralement amplifier la musique pour créer une atmosphère plus profonde ou plus étrange.

Quelles ont été vos inspirations pour composer la musique ? Est-ce que la production vous a donné des références ?

Pas tellement. Comme je le disais, nous avons surtout parlé de musique industrielle au départ, du groupe allemand Einstürzende Neubauten et des musiciens anglais Throbbing Gristle, que de la musique électronique expérimentale. Côté bandes originales, la musique de Full Metal Jacket a aussi souvent été évoquée. En réalité je ne me souviens plus très bien. A un moment, la musique que l’on est en train de créer prend le dessus, et j’essaie de rester dans ce nouvel univers, de ne pas le trahir. 

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Pour quelle série auriez-vous rêvé de composer la musique ? Pourquoi ?

La musique originale de la série Chernobyl est fantastique. Elle a été composée dans le studio que je partageais à Berlin avec d’autres musiciens. Sa compositrice Hildur Guðnadóttir était même dans la salle d’enregistrement juste à côté de la mienne. Le résultat est brillant, elle a gagné suffisamment de prix pour le prouver ! Et si la série est aussi puissante c’est aussi grâce à la musique qui y joue un rôle important.

Citez nous vos 3 BO préférées ? 

Full Metal Jacket composée par Vivian Kubrick [La fille de Stanley Kubrick qui l’a signée sous le nom d’Abigail Mead] est définitivement une oeuvre importante pour moi. Il y a aussi la musique de la version originale de Blade Runner signée Vangelis bien sûr et, plus récemment, celle d’Interstellar, très subtile et réussie, pourtant je ne suis pas fan du travail d’Hans Zimmer.

J’AI REGARDÉ DERNIÈREMENT L’ÉTONNANTE COPRODUCTION ANGLO-JAPONAISE GIRI\HAJI. […] TOUT Y EST TOUT SIMPLEMENT MAGNIFIQUE.

Regardez-vous des séries en ce moment ?

J’ai regardé dernièrement l’étonnante coproduction anglo-japonaise Giri\Haji. J’ai eu la sensation que tout se combinait parfaitement : la musique, l’histoire, les personnages, le jeu… Tout est tout simplement magnifique. Il y a aussi des moments un peu étranges, par exemple une scène de danse à la fin, qui m’ont fascinés. J’ai aussi beaucoup aimé Le Jeu de la dame. C’est plus traditionnel côté musique mais très bien fait et sympa à regarder.

Quels sont vos prochains projets ? 

En ce moment je travaille sur un projet de réalité virtuelle. C’est très différent de ce que je fais habituellement, je m’amuse bien. Je sens qu’il y a une migration de la création vers la VR, et ça me semble important de m’y intéresser. Je travaille aussi sur mon album solo qui devrait sortir au mois de mars prochain, donc je suis bien occupé ! 

Ecoutez en avant-première 5 titres phare de la BO de la série. Sortie officielle le 13 novembre prochain (Lakeshore Records).

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