Chaque mois, Séries Mania et Cinézik présentent 6 séries à découvrir les yeux fermés. Littéralement. Des nouveautés et une série culte qui révèlent que la musique raconte déjà tout (ou presque) de sa série : l’intrigue, la psychologie des personnages et les références de son auteur·trice. Bonne écoute !

Par Benoit Basirico, créateur de Cinézik

MOLOCH

Flemming Nordkrog

Série française de Arnaud Malherbe • 6 épisodes sur Arte depuis le 22 octobre 2020.
En compétition internationale à Séries Mania 2020.


Le compositeur Flemming Nordkrog, d’origine danoise mais installé à Paris (compositeur au cinéma en 2020 d’Un Divan à Tunis de Manele Labidi), retrouve Arnaud Malherbe sur cette série franco-belge après Chefs (sur France 2 en 2015). Pour entretenir le mystère qui entoure la disparition d’inconnus qui s’enflamment brutalement, la partition se révèle énigmatique, avec un violoncelle rugueux, une flûte bucolique, un cor anglais et des cordes hypnotiques. La musique contribue pleinement à la dimension fantastique du récit, prolongeant le travail poétique et sensoriel du cadre et de la photo, ainsi que le jeu habité des acteurs (Olivier Gourmet, Marine Vacth, Arnaud Valois). On y entend par ailleurs un titre de Astor Piazzola, “Oblivion” (qui ouvre chaque épisode), ainsi que des titres rock “stoner” (de Clinic Rodeo) entendus par les personnages.  

5 TITRES À ÉCOUTER

LE JEU DE LA DAME

Carlos Rafael Rivera

Série américaine de Scott et Allan Scott • 7 épisodes sur Netflix depuis le 23 octobre 2020 

Il ne s’agit que du troisième projet pour l’image du guitariste américain Carlos Rafael Rivera après Balade entre les tombes (2014) et la série de western Godless (déjà sur Netflix en 2017), tous deux réalisés par le même Scott Frank. Le compositeur fait pourtant preuve d’une belle maîtrise narrative et émotionnelle. La partition, de facture classique, propose un thème régulier pour la jeune femme, Beth Harmon, jeune orpheline prodige des échecs, dont on suit les exploits de ses 8 à 22 ans. Tandis que de nombreux titres préexistants convoquent l’époque des sixties, le piano solo et le violoncelle illustrent son enfance solitaire et introvertie, tandis que les cordes amples marquent son émancipation jusqu’au lyrisme qui ponctuent les victoires successives. La musique parvient à rendre passionnantes les parties d’échecs, jeu statique dynamisé par un mouvement de valse et ponctué par le tic tac de l’horloge d’échecs. La partition entre dans la tête de Beth, dans ses stratégies de jeu lorsqu’elle visualise l’échiquier, elle épouse ses différents sentiments, insuffle de l’élan et du suspens, et par ses couleurs chaudes favorise le ton “feel good movie” de cette aventure. Une des meilleures B.O de série de l’année, tout simplement.

5 TITRES À ÉCOUTER

THE UNDOING

Evgueni Galperine, Sacha Galperine

Série américaine (HBO) de David E. Kelley, Susanne Bier • 6 épisodes sur OCS depuis le 26 octobre 2020.

David E. Kelley, le scénariste et showrunner de Big Little Lies, retrouve Nicole Kidman dans la peau d’une thérapeute à succès, Grace Sachs, qui apprend de terribles révélations concernant son mari (Hugh Grant). De tous les plans, l’actrice est alors soutenue par la musique dont le rôle essentiel est d’entrer dans sa psyché et d’accentuer sa paranoïa. C’est une surprise de retrouver au pupitre de ce projet américain les français Evgueni et Sacha Galperine. On connaissait les frères au cinéma pour Grâce à Dieu de François Ozon, Faute d’amour de Andrey Zvyagintsev, et prochainement sur Gagarine (Fanny Liatard, Jérémy Trouilh) et Médecin de nuit (Elie Wajeman). Les distorsions et sonorités électroniques inquiétantes amplifient l’atmosphère angoissante de cette histoire criminelle. Par ailleurs, chaque épisode s’ouvre avec la voix de Nicole Kidman qui interprète un classique de jazz, “Dream a Little Dream” de Doris Day.  

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POSSESSIONS

HiTnRuN

Série franco-israélienne de Shachar Magen, Thomas Vincent • 6 épisodes sur Canal+ Séries depuis le 2 novembre 2020 

HiTnRuN (Lionel Flairs, Benoit Rault, Philippe Deshaies) renoue avec le format sériel après Ad Vitam (sur Arte, 2018), Osmosis (sur Netflix, 2019) et Les Bracelets rouges (TF1, 2019). Cette fois-ci pour Canal+, le trio retrouve le cinéaste Thomas Vincent après La Nouvelle vie de Paul Sneijder (2016, avec Thierry Lhermitte). Les paysages désertiques et arides israéliens de ce drame mystique ont inspiré la présence des guitares électriques. Cette sonorité centrale, rugueuse et grinçante, guide la partition pour épouser le trauma de Natalie (Nadia Tereszkiewicz), expatriée en Israël et accusée du meurtre de son mari le soir de ses noces. Le rythme lancinant et répétitif ajouté à des textures enivrantes nous invite à la transe et convient bien à cette jeune femme envoutée. 

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NO MAN’S LAND

Rutger Hoedemaekers

Série franco-belge de Oded Ruskin • 8 épisodes sur Arte le 26 novembre 2020.
En compétition internationale à Séries Mania 2020.

Le compositeur néerlandais Rutger Hoedemaekers basé à Berlin fait ses débuts en solo dans la musique de film (il accompagnait auparavant Hildur Guðnadóttir aux percussions, notamment sur Marie Madeleine et la série islandaise Trapped). Cette série suit un français (Felix Moati) qui part en Syrie auprès des Kurdes à la recherche de sa sœur disparue (Mélanie Thierry). La partition soutient alors la tension des dangers de la guerre avec des sonorités électriques et anxiogènes, tandis qu’un glissando de violon ajoute du mystère. Le climat est tendu, le danger rôde, la musique participe à notre immersion. Les notes apparaissent avec parcimonie, sans en faire trop. Dans l’entretien que Séries Mania vient de publier, Rutger Hoedemaekers indique qu’il n’était pas question de convoquer la musique locale arabe ou kurde : “On a plutôt essayé d’inventer un monde sonore propre à la série, déconnecté de tous les lieux où elle était tournée… Le seul instrument kurde que j’ai utilisé était le daf, un grand tambour que l’on frappe traditionnellement à la main.” À travers sa portée universelle, la partition relate en creux une aventure humaine, sentimentale et familiale.  

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LE PRISONNIER

Albert Elms, Robert Farnon, Wilfred Josephs, Ron Grainer

Série américaine créée par Patrick McGoohan • 1 saison (17 épisodes) diffusée la première fois le 11 novembre 1967. 

Ron Grainer a signé la musique du générique ouvrant chacun des 17 épisodes de cette série culte tandis que Albert Elms a composé la plupart des morceaux. Le réalisateur-acteur Patrick McGoohan campe le prisonnier d’un “Village » où les résidents sont réduits à un numéro. La musique contribue à l’élaboration d’un univers parallèle hors du temps. Elle repose sur un mélange de styles, telle une sorte de pot-pourri mêlant la pop, le baroque, la musette, la fanfare, et l’expérimental. Elle s’inspire par moments d’airs folkloriques ou patriotiques pour illustrer les rituels du village. La partition est aussi structurée en fonction des enjeux narratifs, elle soutient les scènes et l’action, sans oublier une pointe d’ironie. En effet, une musique bucolique peut amener un contraste à la situation carcérale et de surveillance, comme une ritournelle destinée à maintenir les habitants dans l’ignorance de leur condition. La musique a grandement contribué à l’importance de cette série et à sa capacité de toujours nous fasciner.  

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Soundtrack : 6 séries à écouter en octobre
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