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Publiée en septembre dernier, une étude de la revue scientifique Frontiers in Communication a fait couler beaucoup d’encre : après avoir analysé un échantillon de près de 200 000 films sortis sur 30 ans (1994-2023), des chercheurs et chercheuses arrivent à une conclusion claire : les films qui génèrent les meilleurs bénéfices sont aussi ceux qui sont portés par des femmes !

À Séries Mania, on aurait presque envie de dire qu’on le savait déjà. Car si le grand écran rattrape doucement son retard, la télévision a bien souvent devancé le cinéma sur la question du genre. Historiquement perçue comme un médium plus accessible et moins verrouillé par un Hollywood très masculin, la série télévisée est devenue dès ses débuts un espace de liberté privilégié pour les créatrices. Un terrain propice où des figures comme Shonda Rhimes, Amy Sherman-Palladino ou Lena Dunham ont pu façonner le paysage audiovisuel et imposer leur vision. Ce constat se traduit d’ailleurs dans la programmation du festival chaque année, avec une sélection de séries strictement paritaires.

Polar, comédie, animation ou drame… les créatrices n’ont en tout cas pas attendu qu’on leur déroule le tapis rouge pour raconter des histoires qui valent le détour. Voici notre sélection de séries produites et/ou réalisées par des femmes, disponibles en accès libre.

La sélection en un coup d’oeil 👀

H24

DISPONIBLE SUR ARTE – MINI-SÉRIE – 25×5 min – France

24 heures, 24 écrivaines, 24 comédiennes. Cette série manifeste, signée par les réalisatrices Nathalie Masduraud et Valérie Urrea, est conçue comme une journée entière. Chaque heure raconte une violence sexiste ou sexuelle vécue par une femme. Un projet collectif européen dont l’écriture a été confiée à 24 autrices, parmi lesquelles Alice Zeniter, Lola Lafon ou encore Christiane Taubira. Dans un même élan, leurs récits sont incarnés par 24 comédiennes européennes. On y retrouve Diane Kruger, Camille Cottin, Souheila Yacoub, Noémie Merlant…

Grâce à ce dispositif, le ton, la langue et l’image varient d’un épisode à l’autre dans une narration poignante où chaque femme s’exprime avec ses propres mots. La série montre ainsi toute la diversité des violences – des plus physiques aux plus insidieuses -, tout en dénonçant leur banalisation et la culpabilisation des victimes. Ode à la sororité, elle porte à l’écran les ripostes, les revanches et surtout la libération de la parole. Un rappel essentiel de ce que vivent de nombreuses femmes au quotidien partout en Europe, et une œuvre majeure pour ouvrir notre sélection.

Attention il ne vous reste plus que 72h pour découvrir H24 mais pas de panique, avec moins de 5 minutes par épisodes, elle se regarde très vite !

SAMUEL

DISPONIBLE SUR arte – MINI-SÉRIE – 21×5 MIN – France

« Je m’appelle Samuel, j’ai 10 ans et j’ai un problème mais bon, j’ai pas trop envie d’en parler. » Si cet extrait vous dit quelque chose, c’est que vous avez forcément croisé Samuel sur vos réseaux.  Avec plus de 55 millions de vues, la série d’ARTE a conquis un large public. Derrière ce petit garçon de 10 ans se cache une femme : Émilie Tronche, qui a créé, écrit et réalisé la série, et prête aussi sa voix à tous les personnages. Samuel y raconte son année de CM2 à travers son journal intime, le béguin qu’il cache à tout le monde, les petites angoisses, la mélancolie.

En choisissant un garçon comme personnage principal, Émilie Tronche peut puiser dans ses souvenirs d’enfance tout en gardant une certaine distance avec sa propre histoire. C’est aussi ce qui fait la singularité de son écriture : à travers Samuel, elle questionne les codes du masculin et du féminin, brouille les stéréotypes de genre et met en scène un garçon qui assume ses doutes, ses fragilités et ses émotions. Une série pleine de tendresse et de pudeur, qui invite à regarder autrement les normes de genre dès l’enfance.

Bonne nouvelle pour celles et ceux qui n’ont pas envie de lui dire au revoir : Samuel reviendra pour une saison 2, prévue en 2028 !

ALL HER FAULT

DISPONIBLE SUR TF1+ – mini-série – 8x50min – Royaume-Uni

Du roman à l’écran, All Her Fault est une histoire de femmes : adaptée du best-seller d’Andrea Mara, elle est créée par Megan Gallagher (Suspicion, Borderliner), réalisée par Minkie Spiro et Kate Dennis, et interprétée par Sarah Snook (Succession) face à Dakota Fanning. Dans ce thriller psychologique inspiré par une frayeur vécut par Andrea Mara elle-même, Marissa vient chercher son fils Milo après une après-midi passé chez un copain, mais la femme qui lui ouvre ne connaît ni l’enfant, ni sa famille. Milo a disparu.

Bien que ce point de départ débloque déjà nos pires angoisses, la série ne se contente pas de raconter la disparition d’un enfant. Derrière le suspense, elle explore la culpabilité maternelle, la façon dont les mères sont tenues responsables de tout, jonglent entre travail et famille et se retrouvent jugées dès qu’elles laissent entrevoir leurs failles. Un thriller où la peur devient aussi un moyen d’interroger les exigences qui pèsent sur les mères encore aujourd’hui.

Call THE MIDWIFE

DISPONIBLE SUR M6+ – mini-série – 15x60MIN – ROYAUME-UNI

Direction le Londres populaire de l’après-guerre, où les sages-femmes de Nonnatus House accompagnent les naissances au cœur des quartiers les plus modestes de l’East End. Adaptée des mémoires de Jennifer Worth, la série est créée et principalement écrite par Heidi Thomas, également productrice exécutive. À ses côtés, toute une équipe féminine façonne la série – des productrices Pippa Harris et Ann Tricklebank aux réalisatrices comme Philippa Lowthorpe (présente au festival pour Prisoner 951). Ensemble, elles transforment ce drama historique classique en une véritable pépite, où le réalisme médical et social se mêle à une profonde humanité. Car si Call the Midwife raconte des naissances, elle raconte surtout celles qui les vivent.

Dès la première saison, en 2011, l’équipe s’est attachée à représenter l’accouchement dans toute sa vérité – entre joie, douleur et tension -, en respectant la réalité biologique des femmes et le savoir-faire des sages-femmes. Loin d’en faire une simple péripétie scénaristique, la série lui restitue toute sa dimension physique et émotionnelle. Dans ce Londres des années 1950, être femme, c’est aussi composer avec les attentes de la société, le poids des silences et les choix que l’on n’a pas toujours le droit de faire. Des décennies plus tard, ces questions demeurent d’une grande actualité.

HAPPY VALLEY

DISPONIBLE SUR ARTE – mini-série – 3x60MIN – ROYAUME-UNI

On clôt cette sélection avec ce thriller psychologique intense, signé Sally Wainwright, véritable star de la télévision britannique et auteure de nombreux succès, de Last Tango in Halifax à Gentleman Jack. Avec Happy Valley, qu’elle écrit et réalise, elle suit Catherine Cawood (Sarah Lancashire), une sergente de police du Yorkshire toujours hantée par le suicide de sa fille. Son quotidien bascule lorsqu’elle apprend que l’homme qu’elle tient pour responsable vient de sortir de prison.

Souvent saluée pour ses personnages féminins, Sally Wainwright s’étonne pourtant, dans une  interview accordée au Guardian, qu’on qualifie autant Catherine de « femme forte ». Expliquant ne pas avoir cherché, au départ, à faire œuvre militante, mais simplement imaginé un personnage qu’elle avait envie de côtoyer. Ces réactions lui ont toutefois ouvert les yeux : si une héroïne aussi complexe fait autant parler d’elle, c’est bien parce que les femmes ont longtemps été mal représentées à l’écran, presque toujours façonnées par le regard masculin.

Côté intrigue, Happy Valley s’impose comme un thriller redoutablement efficace. Tenace, drôle et parfois abrasive, Catherine est loin des figures policières idéalisées. La série s’intéresse ainsi autant à l’enquête qu’à ses répercussions psychologiques et familiales, dans une tension qui ne se relâche jamais.

Vous saturez face à la multiplication des plateformes de streaming payantes ? N’ayez crainte : on a pensé à vous. Une fois par mois, on vous recommande des séries accessibles gratuitement !

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