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Chaque mois, Séries Mania et Cinézik présentent 6 séries à découvrir les yeux fermés. Littéralement. Des nouveautés et une série culte qui révèlent que la musique raconte déjà tout (ou presque) de sa série : l’intrigue, la psychologie des personnages et les références de son auteur·rice. Bonne écoute !

Par Benoit Basirico, créateur de Cinézik

Them

Mark Korven

Série américaine de Little Marvin & David Matthews • 10 épisodes sur Amazon Prime Video depuis le 9 avril 2021

Mark Korven retrouve le genre de l’horreur après les films Dans les hautes herbes
(Vincenzo Natali, 2019) et The Witch (Robert Eggers, 2015). Le compositeur canadien est fidèle à la convention du genre avec des cordes dissonantes et terrifiantes qui présagent du pire. Surtout, à travers ce récit sur 10 jours d’une famille noire qui vient d’emmenager dans un quartier pavillonaire entièrement blanc de Los Angeles, la peur est à la fois liée à l’hostilité du voisinage (des femmes blanches en robes des années 50) qu’aux démons intérieurs de chaque membre de la famille qui a des visions liées à des traumatismes. La partition accompagne leur descente aux enfers avec un motif de cliquetis d’horloge et des textures de cordes aiguës pincées qui rappellent György Ligeti, compositeur dont les musiques ont été utilisées dans Shining, film de Kubrick auquel on pense pour l’horreur psychologique, les cadres symétriques, et même la présence d’une hache. Les cordes basses et les cuivres grondants achèvent ce spectre musical de l’épouvante. La partition se renouvelle sans cesse avec de nouvelles associations instrumentales à l’image d’une narration qui sait ménager ses surprises. Vous pouvez frissonner à l’écoute de la playlist ci-contre.

5 TITRES À ÉCOUTER

SHADOW AND BONE

Joseph Trapanese

Série américaine de Eric Heisserer • 8 épisodes sur Netflix depuis le 23 avril 2021

Adaptation des romans fantastiques à succès de Leigh Bardugo, cette fresque conçue par Eric Heisserer (scénariste de l’excellent Premier Contact de Denis Villeneuve) nous immerge dans un monde féérique (le royaume de la Ravka) peuplé de personnages hors du commun (les magiciens Grisha). Une orpheline (Alina) douée du pouvoir de maîtriser la lumière, sorte d’Harry Potter au féminin, est au centre de ces aventures. Joseph Trapanese, qui est apparu au cinéma en collaboration avec les Daft Punk pour Tron Legacy (2010), signe une ample partition qui parvient à embrasser toute l’étendue de ce monde hybride. Les sonorités slaves (balalaïkas, cymbalum, gamelans) se mêlent à l’orchestre massif d’où émergent quelques instruments solistes, comme un violon, qui représente la jeune héroïne. Une présence vocale complète l’instrumentation pour amener une dimension mystique. Dans un parfait équilibre entre la magie, l’héroïsme, l’action et la romance, l’histoire complexe se déroule avec une belle fluidité grâce à cette musique.

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MOSQUITO COAST

Antonio Pinto

Série américaine de Neil Cross & Rupert Wyatt • 7 épisodes sur Apple TV+ depuis le 30 avril 2021

Nouvelle adaptation du livre de Paul Theroux (après le film de Peter Weir avec Harrison Ford en 1986), cette série repose essentiellement sur son personnage principal (Justin Theroux, neveu de l’auteur) et sa famille (son épouse et ses deux enfants), des américains qui s’enfuient au Mexique. Chaque épisode s’ouvre sur des cordes épiques pour installer l’urgence de la cavale, tandis que la guitare représente le cadre mexicain de l’action et les paysages désertiques. Le compositeur brésilien Antonio Pinto, connu auprès de son compatriote Walter Salles (Central do Brasil, 1997) puis pour La Cité de Dieu (Fernando Meirelles , 2002), propose des sonorités dignes d’un western contemplatif. Pour contrebalancer cette atmosphère quasi idyllique des cordes abruptes surgissent au cœur des séquences pour insuffler du suspens et une tension. 

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A TEACHER

Keegan DeWitt

Série américaine de Hannah Fidell  • 10 épisodes sur Canal+ Séries depuis le 22 avril 2021

Keegan DeWitt, chanteur du groupe de rock indépendant Wild Cub, ainsi que compositeur pour le cinéma, illustre la relation impossible entre une jeune enseignante (Claire Wilson) et son élève (Eric Walker). Il accompagne délicatement la naissance de leur sentiment avec des motifs planants qui marquent leur insouciance. La sensualité qui se dégage de ces motifs électroniques épouse le point de vue des amoureux en les isolant du contexte environnant. Rien ne contrarie leur attirance, ni leurs foyers respectifs, ni l’école. Ils s’isolent dans leur bulle. La musique participe alors à cet isolement. Mais après la bascule du récit à la fin de l’épisode 5 (qu’on ne révèlera pas), la partition apparaît plus inquiétante et angoissante. Les notes changent d’apparence. La sensualité du début laisse place à une prise de conscience face aux retombées dévastatrices.

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SEXIFY

Jimek

Série polonaise de Kalina Alabrudzinska & Piotr Domalewski • Saison 1 sur Netflix depuis le 28 avril 2021

Une étudiante en informatique veut créer une application sexuelle innovante et s’entoure de deux camarades pour la tester. Cette série polonaise explore le plaisir féminin sur le ton de la comédie. La musique est alors décapante. Les rythmes électroniques sont associés à des voix qui simulent l’orgasme. Cette exploration intime sur un mode léger fonctionne sans temps mort grâce à la stimulation du beatmaker Jimek. Des textures sensuelles illustrent la quête intime tandis que des mélodies pop relatent avec humour la chronique frivole d’une amitié féminine sans bornes. De son vrai nom Radzimir Debski, le compositeur polonais dirige l’orchestre symphonique de la Radio Nationale Polonaise et fait le pont entre le hip hop et la musique classique. Ainsi, à part son don pour les rythmiques efficaces, il est habile dans l’élaboration de puissantes harmonies.

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MISSION: IMPOSSIBLE

Lalo Schifrin

Série américaine de Bruce Geller • 7 saisons (1966–1973)

Au moment d’écrire à 34 ans le célèbre thème de cette série d’espionnage, Lalo Schifrin (qui fêtera ses 89 ans le 21 juin prochain) n’en était qu’à ses débuts. Il s’était juste fait remarquer deux ans plus tôt en France avec Les Félins (de René Clément, avec Alain Delon). Puis suite au feuilleton de Bruce Geller, le compositeur enchaîne les projets d’envergure à Hollywood : Luke la main froide (Stuart Rosenberg, 1967), Bullitt (Peter Yates, 1968), THX 1138 (George Lucas avant Star Wars, 1971), Enter the Dragon (avec le cri de Bruce Lee, 1973). Surtout, il entretient une relation durable avec le cinéaste Don Siegel : Un shérif à New-York (1968), Les Proies (1971), la saga Dirty Harry (avec le ripoux Clint Eastwood, 1971). L’argentin a assis sa popularité sur les polars urbains et les courses poursuites avec son légendaire jazz rythmique (qu’il pratiquera à nouveau à la télévision avec Starsky and Hutch en 1975). Privilégiant les percussions et les cuivres, dosant les scansions, la dissonance et le lyrisme, il a pu illustrer, hormis le thème qui parcourt les 157 épisodes, le cœur de 19 d’entre eux avec des compositions endiablées. Entre du jazz harmonieux et une balade romantique, ses notes soutiennent habilement le suspens et l’action avec un véritable sens dramaturgique. Si la mise en scène et les dialogues de la série peuvent paraître aujourd’hui désuets, la musique est l’ingrédient qui a le plus surmonté l’épreuve du temps. D’ailleurs, vous pouvez reconnaître en écoutant la playlist ci-contre, sur le titre “Danube Incident », un passage samplé par Portishead sur « Sour Times ». 

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Soundtrack : 6 séries à écouter en avril
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